Rapport d’activités 2007

PREAMBULE

« Je sème à tous vents… », vous vous rappelez ? Devise inscrite sur nos dictionnaires Larousse, représentée par le profil d’une semeuse soufflant sur les aigrettes d’un pissenlit.
Et derrière cette image, l’idée que le dictionnaire contient sans doute plus de mots que notre esprit n’est capable d’en saisir, plus de sens, de subtilité, de paradoxe que l’esprit du temps ne peut en absorber. Impression renforcée par l’épaisseur et le poids de l’objet.
Qu’importe le poids du monde, il faut souffler, semer encore, espérer que la graine tombe en terre fertile et qu’elle fructifie.
Nous soufflons sur les pages des livres des mots qui tourbillonnent dans les têtes avant de se rassembler ailleurs, autrement. Certains se perdent en route et c’est un peu de l’expérience humaine qui s’envole.
En écrivant, en lisant, en partant à la rencontre de ceux qui fabriquent des livres, bref, en faisant vivre la langue, nous cultivons des parcelles d’humanité.

Ecrire pour exister. Faire exploser les mots pour faire disparaître à jamais le carcan qui étouffe. Inventer des personnages et leur faire prendre ma place. Ecrire pour oser être moi. Plus de tabou, les mots coulent, fusent, déferlent, ma vie prend forme. Je renais, je choque, je dérange, mais je suis vivante. Ecrire c'est aller toujours plus loin.

Yvette, décembre 07

LES ATELIERS

En matière de compétences, d’expérience d’animation et d’éventail de l’offre, Le grain des mots s’impose aujourd’hui comme l’organisme romand offrant la plus grande diversité d’ateliers d’écriture à destination des publics les plus variés.

On trouve un peu partout des ateliers d’écriture de ceci ou de cela (scénario, écrits journalistiques, haïku…), mais nulle part ailleurs, sous le même toit, une réflexion d’ensemble sur les enjeux de l’écriture contemporaine dans la sphère privée, le champ professionnel et l’espace public.

Or, si l’on en croit le poète et linguiste Henri Meschonnic, "l’écriture est une". Une seule et même compétence, que l’on peut mettre au service de la littérature et/ou d’un travail (quel qu’il soit), de la société et/ou de son édification personnelle.

Ateliers littéraires

Découverte : 3 journées
Atelier mensuel : 5 jours + 3
Accompagnement de chantier: 3 jours + 3
Nouvelle érotique : 4 jours
Atelier hebdomadaire : 10 séances
(Partenariat avec la Bibliothèque du Forum Meyrin)
Soit l’équivalent de 26 journées d’atelier pour une centaine de participants au total.

En atteignant une centaine de participants sur une année, nos ateliers à visée littéraire ont trouvé leur public. Ce succès s’explique notamment par la bonne visibilité du site de l’association, souvent cité par les personnes qui téléphonent ou écrivent pour se renseigner.

Alors qu’ils supposent un engagement important en temps et en coût, les Ateliers réguliers sont ceux qui remportent le plus grand succès. En termes de participation d’une part, mais en termes de résultat aussi puisque l’atelier Accompagnement de chantier a abouti, pour l’une des participantes, à la publication d’un livre. Pour Exit Adonis, Nathalie Chaix a en effet obtenu le Prix Georges Nicole, couronnant le manuscrit d’un nouvel auteur et ouvrant l’accès à une publication aux Editions Bernard Campiche.

L'encre coule sur la feuille
Les doigts noircis tapotent le cahier
Ils donnent libre cours à leur
imagination
et tapissent les murs de leurs récits
Il pleut dehors mais ils ne le savent pas
Une hésitationpuis la lecture commence timidement
Les mots
sortis des tripes
ou de l'ordinaire
Les parois de livres forment
un cocon pour l'imagination
Le trafic
les mots du travail
résonnent dans sa tête
et disparaissent petit à petit

Eva, décembre 07

A noter, la nouveauté de la formule résidentielle, particulièrement adéquate pour le stage Nouvelle érotique, qui suppose un climat de confiance. Nous l’avons trouvé à Trois-Rods, près de Neuchâtel, grâce à la famille Du Pasquier qui a accepté d’héberger Le grain des mots pendant quelques jours, qu’elle soit ici remerciée ! Magie du lieu, magie des mots, six nouvelles ont été écrites parmi lesquelles celles de Cécilia Mendoza qui sera lue lors de l’assemblée générale de l’association.

Ateliers professionnels

• Les enjeux de l’écriture académique : 2 séances
Ateliers d’écriture proposés dans le cadre d’un Séminaire d’introduction au travail scientifique à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation. Genève, avril-mai 2007.
• Textes mis en voix : 2 jours
Atelier de lecture à voix haute à l’attention des bibliothécaires du Forum Meyrin, en préparation d’une série de lectures publiques. Meyrin, juin 2007.
• L’écriture journalistique : 2 jours
Un atelier de coaching individuel pour le journal 24 Heures (Edipresse). Lausanne, septembre 2007.
Soit l’équivalent de 5 journées d’atelier pour 28 participants

Les commandes d’ateliers professionnels nous parviennent souvent à travers des membres de l’association ayant eux-mêmes une expérience d’atelier d’écriture ou ayant été sensibilisés à l’utilisation possible de l’écriture et de la lecture à voix haute dans le contexte professionnel.
Ils nécessitent un important travail de diagnostic (quelles attentes de la part des commanditaires ? quels enjeux institutionnels ? quelle marge de manœuvre pour les participants ?), à la suite duquel la commande effective (nombre d’heures de formation payées par l’institution) s’avère parfois un peu courte pour produire tous les effets attendus.

Il n’empêche : dans ces temps où l’efficacité au travail se mesure pratiquement au jour le jour, il faut saluer ces organismes qui misent encore sur des compétences aussi peu visiblement rentables que l’écriture ou la capacité de porter un texte oralement ! D’ailleurs, les bénéficiaires de ces formations ne s’y trompent pas : ils participent avec une grande assiduité et manifestent beaucoup de reconnaissance pour avoir reçu des outils leur permettant de s’améliorer dans des domaines où ils se sentent vulnérables.

Ateliers pour l'intégration

• Atelier d’écriture et d’initiation à l’informatique : 3 sessions de 32 heures (+30 heures d’informatique) A destination d’un public de femmes peu ou pas formées, en majorité migrantes. Partenariat avec Voie F.
• Mariages d’ici et de là-bas : 2 jours
Atelier d’écriture sur le thème du mariage ouverts aux femmes d’origines et de générations mélangées, en vue d’une lecture publique. Partenariat avec F-Information et la Ville de Genève. Novembre 2007.
Soit 42 heures d’ateliers pour 28 participantes.

Vamos vamos, le crayon continue ça fatigue aussi d’écrire, c’est mieux de fermer les yeux et rêver….
On continue. Je vais faire une pause mouchoir. C’est permis ? Je peux continuer en reniflant, ce n’est pas poli. Le mouchoir est déchiré je ne veux pas l’utiliser.
Tourner la page, la déchirer peut-être. Le crayon à côté est bruyant, les autres sont silencieux.
Il y a le soleil, il se reflète sur la table, encore écrire, coincée sans rien dire de structuré, ça fait vraiment du bien. Je crois avoir fait moins de fautes qu’en relisant… c’est possible ?
Merci à je - ne sais plus qui, je dois réfléchir… aux futuristes ? Aux anarchistes ? Ils s’appelaient déjà comment ?

Rosalba, Ils s’appelaient les surréalistes !

CHORAL
JE SUIS VENUE
Avec espoir car j’espère encore.
Pour la colère envers les hommes, leurs comportements, la souffrance qu’ils provoquent, etc.
Pour apprendre à écrire, forme et style.
Pour mettre de l’ordre dans mes idées.
Pour rencontrer d’autres femmes avec les mêmes idées, doutes, désir d’écrire.
Pour l’expression orale.

Ces ateliers d’écriture dont j’ai déjà fait partie, ça me stimule sur tous les points, aussi intellectuellement.

J’AURAIS PU NE PAS VENIR
la pluie, la fatigue, la peur peut-être.

MANIFESTATIONS PUBLIQUES

Fureur de lire

Financée par le Département des affaires culturelles de la Vile de Genève, la Fureur de lire s’est déroulée entre le 19 et le 23 septembre autour du thème « Orients Extrêmes ».

Confirmant le succès public de la programmation proposée par le Grain des mots à la Maison communale de Plainpalais lors de la précédente édition (2005), les organisateurs ont décidé de renoncer à l’éparpillement des propositions dans diverses institutions culturelles pour recentrer l’ensemble de la manifestation en un seul lieu (exception faite des animations proposées dans le cadre des bibliothèques). Notre mandat consistait à participer aux travaux de pilotage, programmation et coordination des activités permanentes ou ponctuelles offertes au public pendant cinq jours à la Maison communale de Plainpalais.

Parmi les nouveautés : une magnifique exposition du peintre-calligraphe Ye Xin sur la mise à sac du Palais d’été et sa dénonciation par Victor Hugo en 1861; et un quotidien éphémère créé tout exprès pour la Fureur par nos amis de Cousu Mouche en partenariat avec Reporters sans frontières.

Mais nos mémoires (et nos oreilles) auront surtout retenu le déferlement de deux cents élèves dans les décors orientaux de Plainpalais. Fort de l’expérience de 2005, nous avions pris le parti d’ouvrir la Maison pendant les horaires scolaires pour inviter les élèves du quartier à profiter de nos activités. Là encore, grâce à l’appui d’un membre du Grain des mots, Claudine Charles, enseignante au Cycle d’Orientation de l’Aubépine, nous avons bénéficié d’un large écho auprès des professeurs, manifestement très heureux d’entraîner leurs élèves dans des activités inédites : calligraphie, haïku, manga, dazibao, kamishibaï, lecture de textes orientaux, rencontre avec un écrivain-bourlingueur, tout avait été mis en
œuvre pour les intéresser. Le retour des enseignants à la suite de ces après-midi a été très positif.

Si l’on ajoute encore l’organisation d’un nouveau concours épistolaire par l’association Et si on s’écrivait!, l’installation de quatre tables d’écriture, des lectures publiques, des rencontres avec des auteurs, des débats sur la littérature contemporaine en Inde et en Chine, sur la liberté de la presse en Inde, un comptoir du livre et le traditionnel marché aux puces du livre le dimanche, le tableau est à peu près complet.

Cette manifestation revêt une grande importance pour notre association, car elle nous permet de mesurer régulièrement la pertinence de nos propositions en matière de médiation littéraire. Les activités que nous organisons d’une saison à l’autre, là où l’on veut bien nous accueillir, sont rassemblées sous forme concentrée dans un seul lieu pendant la Fureur. Cette fois encore, le public était au rendez-vous et du coup, on se prend à rêver qu’un tel espace soit ouvert au public tous les jours de l’année : une maison dédiée à la lecture et à l’écriture, financée en partie par des fonds publics, permettrait de fédérer et de mieux mettre en valeur toutes les initiatives – si nombreuses dans notre région – de partager notre goût pour la langue écrite et parlée.

Rencontres avec des auteurs
• Doris Jakubec : autour de Ramuz. En partenariat avec la Bibliothèque municipale de la Cité, le 14 mars.
• Sylvie Germain, autour de Magnus (Albin Michel 2007). Biblio Cité, le 10 mai.
• Metin Arditi pour La fille des Louganis, Biblio Cité, le 7 décembre.

Lectures publiques
• Nathalie Chaix, Exit Adonis. Dans le cadre de l’Assemblée générale du Grain des mots, le 2 avril.
• Anne Brüschweiler, Fragments du deuil. Aux Lectures Publiques, Genève, le 23 mai.
• Claude Thébert (musique Marc Sierro), Chers bons…, lettres primées dans le cadre du concours épistolaire de la Fureur de lire, au Théâtre Pitoëff, 23 septembre

Animation de débats
• « Le désir s’écrit au féminin », avec Sabrina Berreghis, Nathalie Chaix et Claire Genoux. En partenariat avec la Bibliothèque municipale de la Jonction, le 30 octobre.
• « Un écrivain face au public : de l’importance de la médiation », avec Michel Arrivé, Bernard Jean et Thierry Ermakoff. Dans le cadre des Journées Lettres frontière, le 16 novembre.

Intervention dans un colloque
« Donner son cœur en partage comme un gâteau… », intervention présentée par Anne Brüschweiler dans le cadre d’un colloque intitulé Psychanalyse et écriture, précédée d’un atelier d’écriture destiné aux participants du colloque. Grignan (Drôme), les 9 et 10 juin.

EDITION

Belle aventure que celle de la publication du livre de Pierre Chamorel : Les îles perdues. Suivi de Notes de voyage (éditions Le grain des mots, 2007) ! D’autant plus belle qu’elle était entièrement financée par un généreux commanditaire qui tenait à offrir ce livre à son auteur, ainsi qu’aux membres de sa famille… Sans lui, nous n’aurions évidemment pas eu les moyens de nous lancer ce défi éditorial.

Ajoutons que cet ouvrage doit aussi beaucoup aux compétences d’un remarquable graphiste, Gilles Bondallaz, qui a apporté un soin considérable à la présentation du texte, au choix des polices, du format, du papier, bref, à tout ce qui fait qu’un livre nous invite à la lecture.

Enfin, ne rêvons pas, l’édition est un métier qui exige des compétences spécifiques et des investissements financiers importants ; de moins en moins d’éditeurs trouvent encore les moyens de survivre et nous n’avons pas la prétention de rivaliser avec ceux qui restent.

En revanche, les nouvelles technologies nous permettent de réaliser des publications plus modestes, à peu de frais et en tirage limité. C’est le cas des six Nouvelles érotiques, écrites en atelier par Nathalie Chaix, Carla Fragnière, Cecilia Mendoza, Sophie Meyer, Odette Mudry et Nadine Schneider (édition confidentielle, Le grain des mots, 2007), un album « collector » diffusé à dix exemplaires, selon la volonté exprimée par les auteurs.

www.legraindesmots.ch

Avec une moyenne d’environ soixante visiteurs par jour, 20'000 sur l’ensemble de l’année, le site internet s’impose comme principal vecteur de communication. Autant dire qu’il génère aussi passablement de travail : animation et mises à jour, menées avec une très grande autonomie par Marion Brüschweiler, et réponses aux demandes d’information qui ne manquent pas d’arriver chaque semaine par téléphone ou par courriel, diligentées par la sous-signée.

MEDIAS

Citations, mentions et apparitions dans L’Hebdo, Le Courrier, La Tribune de Genève, sur la Radio Suisse Romande, Radio Cité et Léman Bleu.

DIVERS

• Prix Quadriennaux : participation à la sous-commissions Littérature pour l’attribution d’un prix distinguant un auteur dont l’œuvre a contribué au rayonnement de Genève. Remise du prix à Catherine Safonoff, 29 mai 2007
• Comité de pilotage de la Fureur de lire : mandat de la Ville de Genève pour la programmation de la manifestation, janvier – septembre 2007

BRAINSTORMING ASSOCIATIF

A l'initiative d'Anne-Catherine Salberg, médiatrice, formatrice et membre du Grain des mots, s'est déroulé le 23 juin un brainstorming autour d'une question lancinante et cruciale : Comment assurer l'avenir (financier) du Grain des mots ?

Douze membres particulièrement actifs et motivés ont consacré une demi-journée à réfléchir sur l'éventail des prestations et les différents publics visés par nos activités. Ils ont identifié certains écueils, proposé au moins deux scénarios possibles, impliquant chacun une série d'actions différenciées. En résumé, le scénario 1 consistait à concentrer les activités du Grain des mots autour de la niche "ateliers d'écriture" en développant autant que possible les propositions à destination des jeunes. Le scénario 2 supposait une diversification des prestations : différents types de formation pour différents publics (individus et groupes) sur différents supports, avec un fort développement du pôle internet.

La directrice, en lien avec le Comité, a été chargée d'étudier ces deux voies et de rendre compte de ses conclusions en assemblée générale. Mais le résultat immédiatement tangible de cet événement associatif a été de découvrir que de nombreux membres étaient prêts à s’engager en offrant leur temps et leurs compétences pour contribuer au développement de l’association. Ainsi avons-nous d’ores et déjà mis à contribution certains d’entre eux pour réaliser un document utile à la recherche de fonds, par exemple. Que tous ces généreux contributeurs soient ici remerciés, ainsi que les membres du Comité, pour la constance de leur soutien !