Rapport d'activités 2009

ACTIVITES 2009

Exister parce que c’est écrit

Notre association est née en avril 2003, alors que je sortais d’un deuil et qu’un cancer se préparait, qui allait se déclarer six mois plus tard. Réduite au chômage à la suite de péripéties professionnelles défavorables, c’est peu dire que j’étais à la peine, forant à longueur de journée sur des pages obscures le puits de ma douleur. Ni moi, ni personne n’aurait donné cher dans ces circonstances de ma capacité d’entreprendre, encore moins de mon habileté à compter. Et pourtant, ils ont été seize à inscrire leur nom sur une feuille pour constituer Le grain des mots - association pour la promotion de l’écrit :
Anne Reiser, Nicolas Eichenberger, Françoise Brüschweiler, Jura Brüschweiler, Francis Traunig, Yves Daccord, Guillaume Chenevière, Mireille Cifali, Odette Mudry, Claudine Charles, Véronique Marti, Sylvie Bietenhader, Laurence Ossipow, Anne-Catherine Salberg, Sylviane Dupuis, Anne Béguin.

Seize noms que je chéris parce qu’ils m’ont accompagnée pour la plupart bien au-delà du but qu’ils s’étaient fixés, à savoir : me tenir debout. Qu’il me soit permis d’exprimer ici toute ma gratitude à ces amis, parents, collègues aux intérêts divers, qui ont accepté de soutenir une idée encore assez floue autour de l’écriture et du partage, déployée aujourd’hui dans un chapelet d’activités égrenées dans les pages qui suivent.

A Naël Lafer qui reprend le gouvernail avec une   détermination qui force l’admiration, je souhaite un entourage tout aussi propice et généreux pour faire face aux défis qui s’annoncent. Je suis heureuse de savoir qu’elle peut compter sur Marion Tièche pour l’assister dans ses tâches de communication et Odette Mudry, qui élargit chaque année sa palette d’ateliers pour répondre à la multiplicité des demandes. A ce trio chevronné se sont ajoutées cette année deux nouvelles animatrices d’ateliers à visée littéraire, Geneviève Baumann et Carla Fragnière, et Sylvie Chenus qui continue à assurer avec succès les mandats de lecture publique.

On écrit pour rendre visible du muet, dit le poète cité en exergue de ce rapport.  Je crois en effet que l’écriture advient là où la vie – l’enchaînement des événements qui constituent nos vies, de la naissance à la mort – ne va pas de soi.

Ecrire c’est nommer, donner un sens et une forme à une parcelle de temps qui se trouve ainsi soustraite à la logique de la disparition. Ecrire lutte à mort contre la disparition.

A chaque fois que j’écris, c’est au néant que je tire la langue.

Voilà pourquoi il peut être bon d’écrire ensemble : les enfants se mettent à plusieurs pour faire des grimaces. On écrit pour être lu, partager nos combats titanesques et dérisoires, cultiver le goût d’exister parmi nos semblables si différents, éveiller chez quelques-uns d’entre eux la même sorte d’élan, la même – vitale – énergie.

Lire n’aspire à rien d’autre : rencontrer dans un texte la figure de nos batailles, accroître notre lucidité, le champ de notre conscience.

Nous existons parce que c’est écrit.

Genève, 30 mars 2010            
Anne Brüschweiler


N.B. Ont participé à la rédaction du présent rapport :
Anne Brüschweiler, Naël Lafer, Marion Tièche, Odette Mudry, Geneviève Baumann.

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