Rapport d'activités 2004

ACTIVITES 2004

Comme nous l’avions annoncé en Assemblée Générale, les activités de l’année 2004 se sont concentrées sur le développement des ateliers d’écriture professionnelle, d’une part, et sur l’établissement de liens avec les collectivités publiques, d’autre part. Le projet Ateliers d’écriture pour l’intégration a pris fin au printemps avec la restitution d’un rapport à l’attention de l’IMES (Office fédéral de l’immigration, de l’intégration et de l’émigration), qui avait participé à son financement. Quant aux ateliers d’écriture littéraire, ils ont été organisés le plus souvent à la demande de groupes déjà constitués (associations ou groupes informels), ce qui nous a permis de limiter les frais liés à la promotion et au recrutement des participants. Après deux ans d’activité, Le grain des mots commence à jouir d’une petite notoriété essentiellement due au bouche-à-oreille, mais aussi à quelques prestations publiques : festivals, lectures publiques, interventions dans des colloques, émissions de radio, articles de presse, publications diverses.

I. LES ATELIERS D’ECRITURE LITTERAIRE

L’adoption, parcours d’écriture a été organisé en partenariat avec l’association Espace Adoption. Cet atelier a donné lieu en mars 2004 à une lecture publique dans les “anciens-nouveaux locaux“ d’Espace Adoption.

Beaucoup de parents, adoptifs ou non, écrivent ; il arrive qu’ils s’interrogent sur le destin à donner à leur texte : le partager avec leurs enfants, leur conjoint, la famille élargie ? En faire un album, une brochure, un roman à publier ? En attendant de trancher, ils confient leur brouillon à l’obscurité d’un tiroir, d’un carton, relégué à la cave ou au grenier. L’atelier d’écriture, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, permet de confronter son texte à la lumière de quelques lecteurs bienveillants, pour déterminer ce qui est partageable ou non, avec qui, sous quelle forme et dans quel contexte. C’est l’occasion aussi de découvrir de nouvelles pistes d’écriture, soit dans la littérature, soit à partir des textes produits par les autres participants. Quand une lecture peut être proposée à un plus large public, c’est une expérience forte à la fois pour les auditeurs, qui sentent bien la confiance qu’on leur fait en leur offrant un morceau d’histoire intime, mais aussi pour les auteurs, qui découvrent que leurs textes peuvent atteindre même des inconnus.

A l’Ascension, le stage Carnets de voyage a réuni une dizaine de voyageuses autour des écrits de Nicolas Bouvier, Annie Ernaux, Sophie Calle, Maulpoix, Brautigan, Chatwin et autres. Ce qui était le plus frappant, c’était la disparité des âges et des expériences : une femme s’offrait ce premier atelier d’écriture pour ses soixante-dix ans, une autre venait de fêter ses trente ans au Japon, elles ont mis en commun, avec le reste du groupe, leur goût de l’aventure. Voyager, écrire, c’est d’une manière ou d’une autre agrandir sa géographie, ce que l’on connaît, ce que l’on croyait connaître du monde… et de soi-même.

En septembre, à la demande d’un club de ferventes lectrices venues des quatre coins de la Suisse romande, j’ai animé une journée Découverte, centrée sur l’idée que la lecture peut faire la courte-échelle à l’écriture. Autrement dit : si on aime lire, on a déjà de quoi écrire ; il suffit de presque rien, un mot, une phrase empruntée à nos livres de chevet pour impulser le processus d’écriture. Dans le cas particulier, le fait que cet atelier se soit déroulé dans un cadre exceptionnel (la bibliothèque d’une ancienne abbaye nichée à Concise, au bord du lac de Neuchâtel) a évidemment favorisé la qualité des échanges, ainsi que celle des textes produits au débotté et lus à voix haute par les participantes même les plus réservées.

Une expérience du même ordre - sauf que le cadre était moins grandiose et le travail plus approfondi parce qu’il s’est prolongé sur deux jours - a été mise sur pied avec l’association F-Information. Carnets d’écrevisse a rassemblé une quinzaine de femmes démangées, intimidées, tenaillées parfois, par l’envie d’écrire. Le titre de cet atelier (écrevisse étant le féminin d’écrivain dans la liste des néologismes loufoques inventés par Christiane Rochefort dans Ma vie revue et corrigée par l’auteur) donne bien le ton qui domina pendant ces deux journées, avec une large place faite au rire, à l’invention, au plaisir d’écrire qui n’excluent ni l’exigence, ni la prise de risque.

La mise en place de ces partenariats exige du temps en négociation, en lecture et préparation de consignes d’écriture adaptées chaque fois à un contexte nouveau. Mais en échange nous avons la chance d’atteindre des publics différents de ceux que nous touchons habituellement par le bouche-à-oreille ou par la diffusion de nos programmes dans les lieux culturels.

Encore un mot sur L’atelier régulier : un nouveau groupe s’est constitué pour ces rencontres d’une journée mensuelle qui s’échelonnent d’octobre à mai. Dix femmes d’horizons différents, d’âges oscillant entre trente et soixante ans, avec des expériences de vie et des pratiques d’écriture bien distinctes, ont pu éprouver les effets d’une démarche “longue“, où l’atelier d’écriture n’est pas seulement un luxe que l’on s’offre une fois pour voir, mais un rendez-vous que l’on prend pour nourrir une passion à long terme.
L’atelier régulier est généralement constitué de personnes qui ont suivi l’un ou l’autre stage ponctuellement proposé par Le grain des mots et qui en ont apprécié le dispositif au point de souhaiter prolonger l’expérience sur une période de quelques mois. Sauf exception et sans consigne particulière, elles finissent généralement par écrire de manière autonome, c’est-à-dire en-dehors de l’atelier, par nécessité et/ou par plaisir.

II. LES ATELIERS D’ECRITURE PROFESSIONNELLE

Quatre nouveaux ateliers ont démarré en 2004 avec des fortunes diverses.

1) Ecrire pour la télévision, commandé par la TSR à l’intention des speakerines et speakers annonçant les programmes. Le choix que j’ai fait de recourir essentiellement à la poésie fut sans doute un peu déroutant pour les participant-e-s à cette formation, mais il a bien produit l’effet recherché : écriture plus concise, plus libre, moins convenue et, au final, plus de plaisir à “trousser“ les annonces. Un programme de télé valait donc bien quelques poèmes ! L’expérience sera reconduite en automne 2005 pour une nouvelle équipe de speakerines.

2) Ecrire et soigner, un atelier commandé par l’Ecole de soins infirmiers La Source, à Lausanne, à destination des étudiants de 2ème année. Succès mitigé : surcharge des étudiants, participation obligatoire, manque de suivi institutionnel, inadéquation probable des pistes d’écriture proposées en atelier, bref, ni l’institution, ni les étudiants, ni moi-même n’étions très à l’aise dans cette affaire…. Considérant que malgré la bonne volonté marquée par les responsables de ce module, le concept pédagogique avait peu de chance de s’éclaircir, il m’a semblé plus sage de renoncer à fournir cette prestation.

3) L’écriture au service du travail social, un atelier de trois jours consécutifs proposé dans le programme de formation continue de l’Ecole d’études sociales et pédagogiques (encore une HES) de Lausanne. Dans ce cas-là, ce n’est pas tant la motivation des participants, généralement bonne, que la désorganisation institutionnelle qui s’est avérée parfaitement décourageante. Sans entrer dans trop de détails, disons que la mise en place de formations auto-financées (payées par les participants) au sein des HES génère parfois des effets négatifs sur les relations instaurées entre l’école et les vacataires qu’elle emploie ; raison pour laquelle nous avons renoncé à renouveler l’expérience.

4) Ecrire dans le champ éducatif, un atelier d’écriture bi-mensuel, commandé par la Délégation de la petite enfance à destination des éducatrices et éducateurs travaillant dans les crèches de la Ville. Une réussite à tous points-de-vue ! La commande était claire et la personne responsable de formation parfaitement consciente de l’utilité d’une démarche à long terme pour transformer le rapport souvent conflictuel que les éducateurs entretiennent avec l’écriture professionnelle. Résultat : l’atelier s’est déroulé d’octobre 2004 au mois de mars 2005, à raison de deux soirées par mois ; il a été suivi de manière assidue par huit participantes sur treize inscrites au départ, ce qui semble un taux de fréquentation assez habituel avec ce type de public. Compte tenu de l’exigence de la démarche (dix séances de trois heures, le jeudi soir, après une journée de boulot, l’hiver, la neige, la ville à traverser, une salle spacieuse… mais frigorifique), l’indice de satisfaction s’est révélé très élevé tant du côté des participantes que du côté de l’institution. Cet atelier a donné lieu à une publication dans Petite enfance.5, le bulletin d’information du service, à la disposition de toute personne intéressée.

Ajoutons que cette expérience débouchera en 2005 sur une intervention d’un genre nouveau : il s’agira d’organiser un atelier intitulé Chères éducatrices, Chers éducateurs…, dont un choix textes sera lu par des comédiens lors d’un colloque sur le thème « Traces d’enfance ». L’atelier aura lieu en octobre, le colloque se tiendra à Genève les 25 et 26 novembre 2005.

Enfin, toujours sous la rubrique des écrits professionnels, l’atelier intitulé Le rapport d’observation, outil professionnel et relationnel, commandé par l’Institut de formation des maîtres de l’enseignement secondaire (IFMES) a été reconduit pour la troisième année consécutive. On peut considérer maintenant que la plupart des formateurs d’enseignants intéressés par cette formation l’ont suivie, raison pour laquelle nous ne la proposerons plus en 2005. En revanche, un nouveau projet d’atelier régulier à destination des enseignants du secondaire est lancé, sur le même modèle que l’atelier destiné aux éducatrices et éducateurs de la Petite enfance, celui-ci pourrait démarrer en automne.

III. LES ATELIERS POUR L’INTEGRATION

Le projet subventionné par l’IMES (Office fédéral de l’immigration, de l’intégration et de l’émigration) a pris fin au printemps 2004 avec la restitution d’un rapport qui a été reçu et approuvé par l’autorité fédérale. Comme nous vous l’avions annoncé lors de notre dernière Assemblée, d’entente avec le Conseil, j’ai décidé de renoncer pour l’instant à solliciter des fonds de la Confédération, l’investissement en temps et en énergie pour gérer l’administration de ce type de financement ne paraissant pas raisonnable pour une structure aussi petite que la nôtre. Depuis l’énoncé du projet (première version en 2001 !!), l’établissement d’un budget détaillé, la mise sur pied d’un réseau de partenaires, le suivi administratif jusqu’aux évaluations, bilans et comptes divers, je ne compte pas le nombre de courriers, formulaires que j’ai dû remplir, toutes les séances, rencontres à Berne, Fribourg ou Lausanne auxquelles nous avons été convoqués… pour obtenir en fin de compte un soutien de 20'000 CHF. Certes, de telles sommes sont bienvenues dans un budget aussi serré que celui du grain des mots, mais le temps consacré à en justifier l’octroi nous a paru exorbitant.

Cela dit, le partenariat avec Voie F- Espace de formation pour les femmes reste d’actualité : les ateliers d’écriture et d’initiation à l’informatique continuent à réunir un public de femmes en réinsertion qui produisent, à l’issue d’une démarche d’environ trois mois (une soixantaine d’heure de formation en tout), un recueil de textes écrits et mis en page dans le cadre de la formation. Deux sessions sont proposées chaque année.

IV. MANDATS DES COLLECTIVITES PUBLIQUES

Une première démarche effectuée en été 2004, après une rencontre informelle avec le chef du Département de l’Instruction publique, s’est avérée peu fructueuse. A la lettre que nous lui avons adressée, qui contenait un argumentaire et des propositions d’actions très concrètes (intervention dans la formation continue des enseignants, programme de rencontres avec des auteurs à l’école, etc.), Charles Beer a répondu (après trois mois !) que les ateliers d’écriture avaient éventuellement leur place dans les centres de loisirs, mais certainement pas à l’école. Par chance, le magistrat est entouré de quelques collaborateurs plus acquis au développement d’une nouvelle approche de l’écrit à l’école. Le premier résultat tangible des contacts qui se sont noués à ce niveau plus modeste s’est marqué par la présence du grain des mots sur le stand du DIP au Salon du livre en mai 2005. D’autres projets pourraient voir le jour au cours de la prochaine année scolaire.

Par ailleurs, Le grain des mots été sollicité en juin 2004 pour participer au Comité de pilotage de la Fureur de lire 2005. Il s’agissait dans un premier temps de définir un thème, brasser des idées, formuler des propositions de spectacles ou manifestations en lien avec le thème retenu : Côté jardin(s). Puis le mandat s’est précisé à partir de la volonté marquée par la Ville de Genève d’étoffer l’offre du festival en mettant à disposition le très bel espace de la Maison communale de Plainpalais. Notre association a reçu le mandat d’assurer la programmation, puis la coordination de ce nouveau lieu, qui devra faire battre le cœur de la Fureur entre le 21 et le 25 septembre 2005.

En automne 2004, nous avons encore initié une réflexion sur l’opportunité de dédier un lieu à l’écriture, aux écrivains, au livre à Genève. Une série de rencontres entre le Département des affaires culturelles de la Ville de Genève et un groupe de personnes intéressées (écrivains et autres) a permis de définir les buts qui pourraient être ceux d’un tel espace, et le type d’activités qui seraient proposées au public genevois. A titre expérimental, une première “saison des écrivains“ pourrait voir le jour en 2006, sa programmation devrait être assurée par l’association La maison de la littérature de Genève, présidée par Sylviane Dupuis. A l’heure actuelle, Le grain des mots s’est retiré du projet.

V. LE GRAIN DES MOTS DANS LA PRESSE

A quoi ça sert d’écrire ? Interrogation simple qui valait une réponse circonstanciée. Elle a été donnée par l’émission Mordicus sur la 1ère chaîne de la Radio Suisse Romande, diffusée le 4 octobre 2004. Madeleine Caboche et Marc Giouse ont consacré beaucoup de soin à préparer reportages, témoignages, questions sur ce qu’ils ont appelé “le boom des ateliers d’écriture“ : quel genre d’ateliers ? qui les anime ? qui y participe ? pour y trouver quoi ? est-ce thérapeutique ? est-ce une fabrique d’écrivains ? comment ça marche ? pourquoi les gens ont-ils tellement envie d’écrire ? pourquoi ont-ils peur en même temps ? Comment l’atelier les amène-t-il à dépasser cette peur ? quelle place pour les livres, la littérature dans ce processus ? qu’est-ce que le talent ? l’inspiration ? la “belle écriture“ ? qui en juge ? à partir de quelle compétence ?

Une heure et demie de radio pour faire entendre qu’il existe des conceptions variées de l’atelier d’écriture, autant de la part de ceux qui les animent que du côté de ceux qui les fréquentent. Parfois l’accent est mis sur la technique littéraire, d’autres fois sur l’émotion pure ; certains participants ont surtout envie de raconter leur vie, d’autres préfèrent s’inventer un monde imaginaire. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la valeur de ce qu’ils écrivent ; ce qu’ils trouvent dans l’atelier n’est pas tant la réponse à leur question que l’expérience de l’effet produit par un texte : celui que l’on a écrit et qu’on lit à voix haute, mais aussi le texte écrit et lu par d’autres membres du groupe. C’est à partir de cette confrontation avec les autres, auteurs et lecteurs, dans la fréquentation des livres et l’exploration de différents styles littéraires que se construit progressivement – et jamais définitivement – un “avis“ sur ce que l’on écrit soi-même.
Que la voix et la voie de chacun soient respectées dans ce processus, tient à chaque fois de la gageure…

Anne Brüschweiler
pour Le grain des mots